La jungle urbaine
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 L’ami des oiseaux de South Beach au lever du soleil
À 90 min de route d’une grande ville nord-américaine moyenne, on trouve généralement des banlieues et des villes-dortoirs. Ici, une brève balade après le déjeuner nous amène en pleine nature : les 2900 km2 de la réserve naturelle nationale Big Cypress. Suivant le sentier Florida Trail, nous pataugeons jusqu’à mi-jambe dans une tourbière des Everglades. Un grand héron nous précède et fait le guet tandis que nous progressons à travers les enchevêtrements de mousse espagnole luisante. Autour de nous se dressent des cyprès maigrichons dont les touffes de feuilles épineuses gris-vert semblent sorties de l’imagination du Dr Seuss.
Il faut barboter dans ces marais pour avoir une rare chance d’apercevoir un puma de Floride, en voie d’extinction. (Il n’en reste qu’une cinquantaine dans cette partie du continent.) Juste sous la surface, une foule d’alligators américains d’un noir caoutchouteux observent les environs de leurs yeux sombres au calme trompeur. Il y a aussi des icaquiers et caféiers indigènes aux fruits comestibles. Et 269 espèces d’oiseaux nichent dans les arbres, y compris des anhingas noir et blanc, majestueusement perchés pour faire sécher leurs ailes massives après la pêche. Des rochers de calcaire abritent des broméliacées et des orchidées, sans oublier des crotales et des loutres.
Au retour, nous faisons un détour par Virginia Key. Réservée aux « gens de couleur » durant l’ère ségrégationniste, cette île est restée largement ignorée des promoteurs immobiliers pendant des décennies, alors que le reste de Miami connaissait un boom. Après avoir perdu quelques fois notre chemin, nous aboutissons au lagon où se cache Jimbo’s, stand à crevettes devenu brasserie décorée de roulottes Airstream, d’affiches de pitounes et de babioles halieutico-quétaines. (Flipper et L’étrange créature du lac Noir y ont été filmés.) L’odeur (poisson fumé) est purement floridienne. Savourez une Budweiser à 2 $ et une partie de pétanque pendant qu’il est encore temps ; les élus municipaux ont déjà tenté de déloger le proprio James « Jimbo » Luznar au profit de projets plus rentables.
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