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Travel

Le toit du monde

Accéder au chemin le moins fréquenté est parfois affaire d’hélicoptère.

Photo: Topher Donahue, gracieuseté de Canadian Mountain Holidays

À notre quatrième jour en montagne, nous avons vu l’ours. Ou, plutôt, l’ours nous a vus. On était entre les auberges Monashee et Adamant. Pour en arriver là, on avait pris l’avion jusqu’à Calgary, passé la nuit à Banff, roulé vers l’ouest jusqu’à Lake Louise, pénétré en Colombie-Britannique à la ligne de partage des eaux, franchi les cols Kicking Horse et Rogers et abouti, enfin, près de Revelstoke. Suivie par les premiers explorateurs européens puis par le chemin de fer du Canadien Pacifique, cette route d’une beauté à couper le souffle n’était qu’un hors-d’œuvre, le véritable festin étant de se rendre sur une crête au cœur même des Rocheuses. Devant nous, la tête partiellement voilée par les nuages, se dressait le mont Sir Sandford, haut de 3520 m. À nos pieds se trouvait une pente abrupte, couverte d’une végétation évoquant étrangement un mesclun. Glissant et déboulant, nous sommes descendus dans le Bol à salade perfide (c’est le nom que je lui donnais). Nous arrivions à l’orée d’un brûlis quand la radio de Lyle, notre guide, s’est mise à crépiter.

« Il y a un grizzly, euh, assez agité qui vous observe », a annoncé la voix de Duane, un autre guide de Canadian Mountain Holidays, qui nous observait depuis une hauteur des environs. Duane avait le ton empressé de celui qui vous apprend que vous avez un morceau d’épinard entre les dents. « Il vient vers vous d’un pas, euh, assez rapide. Vaudrait mieux vous regrouper. »

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