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Comment mesurer le degré de civilisation? Bonne question. Pendant longtemps, les villes se sont lancées dans la construction d'opéras et d'autres édifices grandiloquents, en croyant qu'une fois dotées d'installations prestigieuses, elles n'auraient pas d'autres choix que d'être à la hauteur. Mais, quand chaque bourg de Provence et chaque coin reculé d'Afrique du Sud a eu son «monument», l'idée a perdu de son attrait en moins de temps qu'il n'en faut pour dire «Stade olympique».
C'est dans les années 1960 que des urbanistes-philosophes, Jane Jacobs en tête, ont décrété que le degré de civilisation ne s'évaluait pas à l'importance des immeubles, mais qu'on le mesurait plutôt dans la rue en y observant les passants. Dans les années 1970, l'urbaniste William Whyte a tenté de décrire ce flux humain à l'aide de systèmes de mesure par exemple le facteur Gibbon: si, peu importe le moment, on dénombre moins de 1 000 piétons par heure dans les rues du centre d'une ville, celle-ci est vouée au déclin. Rappelons que c'était une époque difficile pour les villes, surtout en Amérique du Nord. Trente ans plus tard, la question n'est plus de savoir quelles villes disparaîtront de la carte, mais plutôt lesquelles atteindront le summum de la perfection humaine. Dans le but de déterminer la plus civilisée des métropoles de ce monde (rien de moins!), enRoute a créé cinq indices qui permettent de comparer deux villes.
1. Ratio coca/houblon
Saviez-vous que le coût de production d'un verre de bière et celui d'un verre de boisson gazeuse sont à peu près identiques? Dans un monde idéal (soulagé des taxes de notre indispensable gouvernement), on devrait donc payer le même prix pour ces deux boissons (ratio de 1:1). Toutefois, là où la civilisation progresse lentement, on considère encore la consommation d'alcool comme un acte immoral à réprimer, et l'on applique la fameuse taxe du péché. Comme, dans ces endroits barbares, on tente également de limiter les autres petits plaisirs de la vie, le ratio coca/houblon est un bon indice du niveau de joie de vivre. Par ailleurs, le facteur sac de papier permet d'obtenir des points supplémentaires si l'on peut boire sa bière au grand jour (sans la cacher dans un sac de papier ou sous son manteau).
2. Comparaison régal de glucides
Chaque pays possède ses ressources naturelles en glucides: par exemple, les Français ont leurs croissants, les Néerlandais leurs frites. En Amérique du Nord, le phénomène est même régional: Montréal est le royaume du bagel, le sud de l'Ontario la Mecque des beignes. Nous avons donc créé un indice de comparaison sur la base suivante: le croissant vaut 100 et sert de point de repère. De plus, comme il est trop facile d'ajouter du gras à un aliment pour lui donner du goût, on doit pondérer l’indice d’ajout de gras. Aussi, nous accordons des points supplémentaires pour la diversité des façons de préparer les plats à forte teneur en glucides.
3. Indice BCBG
Là où la civilisation a déferlé, se fringuer chic et cher, histoire d'afficher son bon goût, son standing et ses attributs sexuels, est un art largement pratiqué. Pour établir l'indice BCBG nous choisissons quatre intersections majeures dans une ville, et nous comptons le nombre d'hommes et de femmes bien habillés sur 100 passants. Nul besoin d'être jeune et beau, il suffit de faire preuve de bon goût. Et comme il est plus facile de séduire quand on n'a pas à disparaître sous de multiples couches isolantes, nous avons tenu compte du facteur saisonnier.
4. Indice villes ouvertes
Dans les endroits civilisés, les rues et les endroits publics sont animés et conviviaux. Quoi qu'en disent les puristes, la présence de commerces y est pour beaucoup. À l'origine, les villes possédaient toutes des lieux de rassemblement en plein air où l'on faisait le commerce des choses de première nécessité comme de tout ce qui pouvait rendre la vie plus agréable. Les villes les plus civilisées ont conservé cet aspect fondamental. L'indice villes ouvertes mesure donc la quantité de ce qui est disponible (nourriture, boissons, vêtements et autres biens de consommation, objets culturels, divertissement… et mendicité) sans qu'on ait à pousser la porte d'un seul magasin.
5. Indice liberté-égalité
Si l'anarchie est l'ennemie de la civilisation, la réglementation excessive est tout autant redoutable. Dans les villes civilisées, «animation» ne signifie pas «pagaille», «exubérant» n'est pas «insupportable», et «ordre public» ne rime pas avec «répression policière». Paradoxalement, c'est aussi dans ces villes qu'on est le plus tolérant face à des infractions mineures. C'est pourquoi nous avons choisi la traversée illégale des rues (nombre de personnes qui s'y adonnent sur 200 piétons, à quatre intersections) pour base de l'indice liberté-égalité. Mais comme la traversée illégale cesse d'être une marque d'esprit civique lorsqu'elle gêne la circulation, nous avons tenu compte du facteur taxi, qui indique la durée d'une course en taxi au centre-ville, en minutes par kilomètre.
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La fin de l'indice de civilisation
Saint-Pétersbourg contre La Havane
Rome contre Buenos Aires
Washington contre Moscou
Mexico contre Tokyo
Londres contre Mumbai
Chicago contre Berlin
San Francisco contre Shanghai
Toronto contre Zurich
Hong Kong contre Vancouver
Montréal contre Amsterdam
New York contre Paris
Los Angeles contre Rio de Janeiro
CLASSEMENT
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